La mise en scène

ACTE IMusique
Le mardi 4 mai 1897 à 11:00, à Montmartre dans le vestiaire d’une salle de cinématographe
SCÈNE 1MISE EN SCÈNE
LÉON, COCORICOLÉON un genou sur la table ajuste l’ampoule, son plumeau à la main
COCORICOCOCORICO du VESTIBULE
Cocorico
LÉON
On entend encore chanter le coq à MontmartreLÉON au PUBLIC
Ça ne va pas durerLÉON époussette
La rente investit la Butte, le nanti s’installe
On s’amuse, on se dévergonde, on se déniaise
Et chacun d’acheter son moulin pour le transformer en cabaret
Après tout…
Quand le bourgeois s’encanaille, la canaille s’embourgeoiseLÉON note dans son carnet
COCORICO
Cocorico
LÉON
Un bel oiseau
Jusqu’à Monsieur qui convertit son entrepôt en salle de projection cinématographique
« Et que tout soit prêt pour mon retour »
Le plumeau dans une main, le pinceau dans l’autre, bientôt à tourner la manivelle avec la boucheLÉON voit un doigt sortir de son gant percé
COCORICO
Cocorico
LÉON
Un fier animal
Le cinématographe, l’automobile, l’électricité…
Aujourd’hui, mardi 4 mai 1897 à 11:00, le progrès est en plein progrèsLÉON note dans son carnet
En voilà une belle époque !
COCORICO
Cocorico
LÉONLÉON fait un trou dans la chaise en descendant
Vigoureux le volatile, ou alors il est tout procheLÉON enlève sa jambe mais sa chaussure l’empèche
LÉON enlève sa chaussure et la pose sur la table
LÉON voit un doigt de pied sortir de sa chaussette percée
LÉON bouge le doigt qui fait bouger le doigt de pied
LÉON époussette l’arrière du paravent
SCÈNE 2MISE EN SCÈNE
JULES, LÉON, COCORICOJULES entre par le VESTIBULE, un tableau dans une main, une cage dans un linge dans l’autre
JULES parle à COCORICO à travers le linge recouvrant la cage
JULES dépose le tableau, la cage et son mateau dans la LOGE
JULES embrasse les photographies de HTL
JULES fait le paon devant ses tentures
JULESJULES découvre la chaussure sur la table
LéonJULES appelle LÉON
LÉON
Monsieur ! Quelle surpriseLÉON époussette JULES
JULES
Une bonne surpriseLÉON cache le trou de la chaise percée avec la nappe
LÉON
Une surprise surprenante Monsieur
JULES
Monsieur Jules
Monsieur, c’est un peu commun
La prochaine fois, on se prend par la taille et on s’embrasse ?
Alors un peu de sérieux et Monsieur Jules
LÉONLÉON empêche JULES de s’asseoir sur la chaise percée
Bien entendu Monsieur…JULES s’assied sur la bonne chaise
COCORICOCOCORICO de la LOGE
Cocorico
LÉON
Jules, vous avez-entendu ?
Le coq !
JULES
C’est un perroquet, Léon
Il imite le chant du coq mais c’est un perroquet
COCORICO
Cocorico
LÉONLÉON regarde dans la LOGE
Il ressemble à un coq
JULESJULES enlève son rocambole
Parce qu’il pousse la supercherie jusqu’à prendre la forme du gallinacé lorsqu’il l’imite
COCORICO
Cocorico
LÉON
Un bel oiseau
JULES
Un spécimen rarissime
Je l’ai acheté à Carthagène en Colombie, une fortune
COCORICO
Cocorico
LÉON
Un fier animal
JULES
Je vais le revendre deux fois son prix à la baronne
LÉON
J’imagine à peine ce que font deux fois une fortune
JULESJULES tend son rocambole à LÉON
Une fortune !JULES pose son rocambole sur la table
LÉON
Décidément, les mathématiques sont une science exacteLÉON note dans son carnet
JULES
Pourriez-vous pendre mon rocambole au perroquet ?!
COCORICO
Cocorico
JULES
Léon ? Mon rocambole sur le perroquet, sans vouloir vous obliger
COCORICO
Cocorico
LÉON
Certainement pas Monsieur…
JULES
Quoi ?
LÉONLÉON désigne COCORICO
Jules, vous voyez bien que ce n’est pas sa taille
JULES
Ah voilà !
Parfois une même chose peut avoir plusieurs noms, Léon
LÉON
Vrai !LÉON accuse JULES
Par exemple, la baronne, votre dame l’appelle aussi « La tordue dodue »
JULESJULES se lève
Je vous rappelle que la baronne est ma principale cliente
Joséphine m’achète toutes les œuvres de mon bon ami Henri de Toulouse-LautrecJULES admire les affiches accrochées
Sans elle, adieu Jules Paon marchand d’art, et plus de domestique
LÉON
Plus de domestique, plus de maître… Et pan !
JULESJULES désigne une chaise
Qu’est ceci ?
LÉON
Une chaise, Monsieur… Jules
JULESJULES désigne la table
Et celà ?
LÉON
Une table… avec une chaise à côté
JULESJULES désigne le portemanteau
Et ?
LÉON
Un portemanteau
Une chaise… Une table, avec une chaise à côté… Un portemanteau…JULES désigne la chaise, la table et le portemanteau
Un perroquet !…JULES insiste sur le portemanteau
COCORICO
Cocorico
LÉON
L’autre nom du portemanteau
JULESJULES tend son rocambole à LÉON
Pourriez-vous pendre mon rocambole au perroquet ?!
COCORICO
Cocorico
LÉONLÉON au PUBLIC
« Accrocher le chapeau au portemanteau » fût plus simple
JULESJULES inspecte le VESTIBULE
Le vestibule, parfait…
LÉON
Au service Monsieur… Jules
JULESJULES inspecte la LOGE
La loge, presque propre…
LÉON
Ah ?
JULESJULES inspecte le VESTIAIRE
Le vestiaire, il manque un petit coup de peinture ici…
Louise n’était pas à l’appartement lorsque j’y suis passé déposer mon bagage
LÉONLÉON montre la SALLE DE CINÉMA avec son plumeau
Elle dort à côté dans la salle de cinématographe, entièrement refaite à neuf…JULES se demande si Louise ou la salle de cinéma est refaite à neuf
Avec la caméra, le piano, le bar, le divan, des tables… avec des chaises à côté
JULESJULES se dirige vers la SALLE DE CINÉMA
Il est temps de la réveiller
LÉONLÉON l’en dissuade du plumeau
Toutefois, la peinture est encore fraîche et l’odeur incommodante
JULES
Et vous laissez mon épouse dormir dans ces vapeurs alors qu’elle est fragile
LÉONLÉON au PUBLIC
Attention, la fin du monde dans 3… 2… 1…LÉON se bouche les oreilles
JULESJULES s’arrête et se retourne vers LÉON
Vous ne jurez jamais, Léon ?
LÉON
Jamais Monsieur… Jules, enfin, je suis domestiqué
JULESJULES tourne autour de LÉON
Et lorsque vous échappez un vase et qu’il se brise
LÉON
Je dis : « Quel étourdi, j’ai échappé un vase et il s’est brisé »
JULES
Vous vous mettez un coup de marteau en plantant un clou
LÉON
« Suis-je balourd, pourvu ne pas avoir tordu le clou »
JULES
Allons, debout là-dedans
LÉONLÉON au PUBLIC
L’apocalypse maintenantLÉON se bouche les oreilles
JULESJULES écrase du pied celui de LÉON
Là !
LÉONLÉON sautille et boite
Cornecul !
JULES
J’en étais sûr
J’espère que le perroquet n’a rien entendu
COCORICO
Cocorico
LÉONLÉON s’assied sur la chaise
C’est que Monsieur… Jules vous m’avez écrasé le gros orteilLÉON prend la pochette de JULES, s’essuie, et remet la pochette en vrac
JULESJULES replie sa pochette en forme de tulipe
La baronne est très à cheval sur la politesse, alors tenez votre langue
LÉON
C’est au perroquet de tenir son bec
COCORICO
Cocorico
JULES
D’autre part, Léon, nous allons tourner un film pour la projection organisée tantôt par mes bons amis Auguste et Louis Lumière au Bazar de la Charité
LÉON
Tourner quoi Monsieur ?… Jules
JULES
Une bobine, un film comme dit mon bon ami Thomas Edison
Vous y tiendrez un rôle, Léon, vous jouerez le baron
LÉON
Le ?
JULES
Le baron… Alphonse Von Grab…
L’autrichien, tout vieux, tout rabougri, sourd comme un pot
LÉON
Ah ! Le baron
JULES
Il y sera ridicule en mari trompé dans l’intrigue que j’ai conçue
Je suis sûr qu’il est venu tous les jours en mon absence
LÉON
Je n’ai rien remarqué
Tous les jours et toutes les nuitsLÉON au PUBLIC
JULES
Il tourne autour de ma femme sous prétexte de lui faire travailler ses vocalises
A – A – A – A – A – A – AJULES se moque des vocalises
COCORICO
Cocorico
LÉON
Je n’ai rien entendu
Jamais de consonnes, que des voyellesLÉON au PUBLIC
O – O – O – O – O – O – O… I – I – I – I – I – I – ILÉON se moque des vocalises
COCORICO
Cocorico
JULESJULES désigne la LOGE
Vous trouverez dans la loge quelques vêtements pour vous déguiser
Sans bruit, finalement laissons dormir mon épouse
LÉON
Bien Monsieur… Jules
Chut…LÉON entre dans la LOGE
COCORICO
Cocorico
JULESJULES au PUBLIC
La bague pour Louise dans la poche de devantJULES montre la poche de devant
La bague pour la baronne dans la poche de derrièreJULES montre la poche de derrière
Toutes deux identiques, serties de diamants par mon bon ami Charles Lewis Tiffany
LÉONLÉON sort de la LOGE avec le chapeau du Baron
Comme ceci ?JULES ignore LÉON
JULESJULES au PUBLIC
Ma femme, la poche de devant, ma maitresse, la poche de derrière
Au détail près que la bague de la baronne dissimule un mécanisme ingénieux tout aussi discret qu’efficace
LÉONLÉON sort de la LOGE avec un sabre dans sa ceinture
Comme cela ?JULES ignore LÉON
JULESJULES au PUBLIC
Ou le contraire… Non, Louise, Joséphine, devant, derrière
Le chaton se soulève et contient quelques grammes de cocaïne
Il s’agit de ne pas se tromper
LÉONLÉON défile avec la nappe portée comme une cape
Comme ci comme ça…JULES ignore LÉON
JULESJULES au PUBLIC
Louise devant et la baronne derrière
LÉONLÉON entend JULES
Je dérange
JULES
Allez vous déguiser Léon, que je vous vois en baron
J’ai fait prévenir la baronne de mon retour, elle ne devrait pas tarder
J’en profiterai pour lui vendre CocoricoJULES sort par le VESTIBULE
COCORICOLÉON remet la nappe sur la table
CocoricoLÉON accroche le sabre au portemanteau
LÉON accroche le chapeau du Baron au portemanteau
SCÈNE 3MISE EN SCÈNE
LOUISE, LÉON, COCORICOLÉON devant la SALLE DE CINÉMA
LÉON
Madame…LÉON appelle LOUISE et tourne la tête vers le VESTIBULE
LouiseLOUISE sort de la SALLE DE CINÉMA
LOUISELOUISE face à LÉON
Louise, c’est un peu cavalier
La prochaine fois, on se prend par la taille et on s’embrasse ?
Alors un peu de sérieux et MadameLOUISE joue avec son nounours
LÉON
Bien entendu Madame…
COCORICOCOCORICO de la LOGE
CocoricoLOUISE tourne la tête vers la LOGE
LÉONLÉON un pas vers le PUBLIC
Si tu savais adorable Louise
LOUISE
Léon, vous avez-entendu ?
Le coq !
LÉON
C’est un perroquet, Madame
Il imite le chant du coq mais c’est un perroquet
COCORICO
Cocorico
LÉONLÉON un pas vers le PUBLIC
L’année passée, à la mi-Carême, une nuit de Vachalcade
Sur la terrasse du Moulin Rouge et ses ailes étoilées
LOUISELOUISE regarde dans la LOGE
Il ressemble à un coq
LÉON
Parce qu’il pousse la supercherie jusqu’à prendre la forme du gallinacé lorsqu’il l’imite
COCORICO
Cocorico
LÉONLÉON un pas vers le PUBLIC
Toi en Colombine et moi en Pierrot, tout grisé d’absynthe
LOUISE
Un bel oiseau
LÉON
Un spécimen rarissime
Monsieur… Jules l’a acheté à Carthagène en Colombie, une fortune
COCORICO
Cocorico
LÉONLÉON un pas vers le PUBLIC
Une telle étreinte !
Les toits de Montmartre en tremblent encore, et mon cœur aussi
LOUISE
Un fier animal
LÉON
Il va le revendre deux fois son prix à la baronne
LOUISE
Une affaire !
LÉON
Voilà maintenant que deux fois une fortune font une affaireLÉON note dans son carnet
COCORICO
Cocorico
LÉONLÉON un pas vers le PUBLIC
Le moment venu, je dévoilerai ma passion
LOUISELÉON empêche LOUISE de s’asseoir sur la chaise percée
Jules est donc rentré de voyageLOUISE s’assied sur la bonne chaise
LÉON
Oui Madame, plus tôt que prévu
Une bonne surprise
LOUISE
Une surprise surprenante
LÉON
Je suggère à Madame que le baron profite de l’instant pour quitter les lieux, rapidementLÉON indique la SALLE DE CINÉMA
LOUISE
Alphonse me fait travailler mes vocalises, en tout bien tout honneur
Rien qui n’inquiète la réputation de mon époux
LÉON
Vite Madame
Je l’entends qui vient peut-être même accompagné de la baronne
LOUISELOUISE va vers la SALLE DE CINÉMA
Et me voilà avec des maux de tête pour la journéeLÉON accompagne LOUISE
Oh là là !
COCORICO
Cocorico
LOUISELOUISE devant la SALLE DE CINÉMA
Oh là là !LÉON entend la porte du VESTIBULE et entre dans la LOGE
COCORICO
Cocorico
SCÈNE 4MISE EN SCÈNE
LOUISE, JULES, COCORICO
JULESJULES entre par le VESTIBULE
Ma Louise
Comment vas-tu ?
LOUISELOUISE devant la SALLE DE CINÉMA
Mal
JULES
Toujours cette mélancolie
LOUISE
Tu aurais pû me faire prévenir de ta rentrée prématurée
JULES
J’ai fouetté les vagues pour hâter mon retour, tant tu me…
LOUISELOUISE joue avec son nounours
Trois mois d’absence
JULES
Et maintenant, je suis ici
LOUISE
Même ta présence est lointaine
JULES
Le business, ma mie, le business
LOUISE
Et me voilà honteuse dans une tenue inconvenante
JULESJULES devant la table
Ferme tes jolis yeux, j’ai un cadeau pour eux
LOUISE
Tu connais ma pudeur et ma timidité
JULESJULES dos au PUBLIC fouille sa poche de devant
Donne ta mainJULES passe la bague au doigt de LOUISE
LOUISE
Comme elle est grosse
JULESJULES face au PUBLIC
Une bague sertie de diamant par mon bon ami Charles Lewis Tiffany
LOUISE
Tu me mets dans l’embarras
JULES
Alors ?!
LOUISELOUISE face au PUBLIC
Je te chante une chanson que j’ai composéeJULES s’assied sur la bonne chaise
« Extase »…
JULESJULES bourre sa pipe
C’était divin
Tu vas pousser mon bon ami Aristide Bruant hors des planches
LOUISE
C’est le titre
JULES
Cela va sans dire…
Donc le pire est à venir
LOUISELOUISE déclame face au PUBLIC
« Ô extase
Vipère à mon pied nu
Sur un chemin de pierre
J’ai peur que mon talon ne t’écrase
Poison tendu aux lèvres vierges
Accueille un baiser »
JULES
C’est beau…JULES grimace
C’est long…JULES sourit
LOUISELOUISE reprend face au PUBLIC
« Fleur en bouton
Timidement éclose
Parfum qu’on cueille
Et qui s’évase
Bouquet touchant
D’amande et d’olivier
Branche tordue de feuille
Sève rose »
JULES
C’est très beau…JULES grimace
C’est très long…JULES sourit
LOUISELOUISE reprend face au PUBLIC
« Soleil couchant que l’œil embrase
Blancheur fondue des cierges
Mon rêve repose à la lune entière
J’y vois c’est drôle
Et j’y entends
Paupière lourde
Porte à peine close
Voix pleine de lumière »
JULES
C’est magnifique…JULES grimace
C’est interminable…JULES sourit
LOUISELOUISE reprend face au PUBLIC
« Frôle flamboie et rase
Unique mot de toute phrase
Vraie note qui compose
Une musique sourde
Première matière de toute chose »
JULES
C’est époustouflant…JULES grimace
LOUISELOUISE à JULES
Mais enfin, cesse de m’interrompre par tes commentaires
JULES
Je m’enthousiasme…JULES sourit
LOUISELOUISE reprend face au PUBLIC
« Formidable gymnase
Statue tremblante sur sa base
Argile incrustée de topaze
Par une main fragile »
JULES
C’est fini ?
LOUISE
Il faut imaginer accompagnée au piano
JULESJULES se lève
Par le baron Alphonse Von Grab, ton virtuose viennois…
Do, ré, mi, fa, sol, la, si, doJULES chante et mime la gamme
COCORICOCOCORICO de la LOGE
Cocorico
LOUISELOUISE désigne COCORICO
Il me déconcentre cet oiseau à chanter tout le temps
COCORICO
Cocorico
JULES
Un perroquet ne chante pas, il craque
COCORICO
Cocorico
LOUISELOUISE s’assied sur la chaise JARDIN
Et bien moi aussi je craque
JULESJULES s’approche de LOUISE
Ma Louise
LOUISE
Notre couple bat de l’aile
COCORICO
Cocorico
LOUISEJULES s’éloigne de LOUISE
Il ne manquerait plus que j’apprenne que tu as une liaison
JULES
Tu ne risques pas de l’apprendre… parce que je n’ai pas, bien sûr, de liaison
LOUISELOUISE se lève
Attention Jules, j’entends mener une vie honnête, sans quoi je reprends ma liberté
Je suis une artiste, que tu le veuilles ou non
JULESJULES s’approche de LOUISE
Justement Louise, nous allons tourner un film pour la projection organisée tantôt par mes bons amis Auguste et Louis Lumière au Bazar de la Charité
LOUISE
Tourner quoi Jules ?…
JULES
Une bobine, un film comme dit mon bon ami Thomas Edison
Léon tiendra le rôle du baron dans l’intrigue que j’ai conçue
Tu joueras la baronne… Joséphine, la femme du baron
LOUISE
« La tordue dodue »
JULESJULES s’éloigne de LOUISE
Je te rappelle que la baronne est ma principale cliente
Joséphine m’achète toutes les œuvres de mon bon ami Henri de Toulouse-Lautrec
Sans elle, adieu Jules Paon marchand d’art, et plus de cocotte coquette
LOUISELOUISE va vers la SALLE DE CINÉMA
Alors adieu Louise Paon, cocotte coquette, et vive Marie Mai, artiste de cabaret
JULESJULES reste immobile
Dois-je te rappeler d’où je t’ai sortie
LOUISELOUISE monte d’un ton
Quand on fait le coq au bordel, on ne s’étonne pas d’attraper une pouleLOUISE gifle JULES avec sa pochette
JULESJULES monte d’un ton
L’émancipation elle commence par s’habiller
L’heure du déjeuner approche
Nous passons bientôt à table et j’ai grand-faim
LOUISE
ButorLOUISE sort par la SALLE DE CINÉMA
COCORICO
Cocorico
JULES
Ah bravo ! Des noms d’oiseau
COCORICO
Cocorico
JULESJULES au PUBLIC
Il faudrait qu’il parle un peu ce perroquetJULES remet sa pochette
COCORICO
Cocorico
JULESJULES bourre sa pipe
Je devrais lui lire quelques vers de mon bon ami Edmond Rostand
SCÈNE 5MISE EN SCÈNE
ALPHONSE, JULES, COCORICOALPHONSE sort discrètement de la SALLE DE CINÉMA
ALPHONSE se perd
JULESALPHONSE se cogne sur le portemanteau et essaye d’attraper son chapeau
Splendide !JULES pense qu’ALPHONSE est LÉON déguisé
Cet idiot de baronALPHONSE tente de retourner dans la SALLE DE CINÉMA
Oh la fripouille, oh l’escrocJULES agrippe ALPHONSE et le traine devant la table
Bravo !
ALPHONSE
Ja ja ja ja
COCORICOCOCORICO de la LOGE
Cocorico
ALPHONSEALPHONSE tourne la tête vers la LOGE
Kikeriki ?
JULES
Ma robe de chambre en popeline, tout de même
Bandit
ALPHONSE
Bandit
JULES
Mais parfait
Vieille crapule !JULES bouscule ALPHONSE qui titube
Tout gâteux, tout rabougri
Magnifique !
ALPHONSE
Ja ja ja ja
COCORICO
Cocorico
ALPHONSE
Kikeriki !
JULES
Énorme
ALPHONSE
Enorm
JULES
Méconnaissable
Voyez-vous ce voyouJULES plante sa pipe dans l’oreille d’ALPHONSE
1, 2, 1, 2 ! Sourd comme un pôtJULES parle dans la pipe comme dans un cornet
Superbe !
ALPHONSE
Ja ja ja ja
COCORICO
Cocorico
JULES
Colossal
ALPHONSE
Kolossal
JULES
Au-delà de ce que j’imaginais
Petit filou
Fonce Alphonse !JULES oblige ALPHONSE à courir
Fantastique !ALPHONSE court en appui sur sa canne
ALPHONSE
Ja ja ja ja
COCORICO
Cocorico
JULES
Grandiose
ALPHONSE
Grandios
JULESJULES course ALPHONSE
Je n’en espèrait pas tant
Espèce de canaille !
Von Grab… à terreJULES frappe la canne d’ALPHONSE
Admirable !ALPHONSE chute
ALPHONSE
Ja ja ja ja
COCORICO
Cocorico
JULESJULES relève ALPHONSE
Gangster
ALPHONSE
Gangster
JULESJULES regarde vers le VESTIBULE
La porte du vestibule… La baronne !JULES saisit ALPHONSE
Vite, le perroquet !JULES accroche ALPHONSE au portemanteau
COCORICOJULES sort par le VESTIBULE
Cocorico
SCÈNE 6MISE EN SCÈNE
JOSÉPHINE, ALPHONSE, JULES, COCORICO
JULES entre par le VESTIBULE
JOSÉPHINEJOSÉPHINE entre par le VESTIBULE
Jules, mon chéri
ALPHONSE
Was ?
JULES
Du calmeJULES à ALPHONSE
JOSÉPHINEJOSÉPHINE s’assied sur la bonne chaise
Je suis calme
JULESJULES s’approche de JOSÉPHINE
J’ai fouetté les vagues pour hâter mon retour, tant tu me…
Tu portes le deuil ?
JOSÉPHINE
Ne parle pas de bonheur
J’aimerais tant que le fossile casse sa canne
Nous pourrions enfin convoler ensemble
ALPHONSE
Fossil ?ALPHONSE se défait de la robe de chambre
JULESJULES à ALPHONSE
Silence
JOSÉPHINE
Quoi ?
JULESJULES empêche JOSÉPHINE de se retourner
Accordons nous le temps de ménager Louise, elle est fragile
JOSÉPHINE
Bien évidemment, ton épouse s’émancipe du corset
Moi, je corsète
Cela maintient la taille et l’humeur
JULES
Elle est surtout très sensible
JOSÉPHINE
Lui est impotent
Dur de la feuille et mou du genou
ALPHONSE
Impotent ?
JULESJULES désigne le paravent à ALPHONSE
Derrière le paravent
JOSÉPHINEALPHONSE descend du portemanteau
Un paravent ?…
Je porte le voile pour cacher une éruption cutanée liée au traitement de ma névrose hystérique…
Hi !JOSÉPHINE hurle
COCORICOCOCORICO de la LOGE
CocoricoALPHONSEse cache derrière le paravent
JOSÉPHINEJOSÉPHINE tourne la tête vers la LOGE
On entend encore chanter le coq à Montmartre ?
JULES
Non, c’est un…
JOSÉPHINE
Si ! Je l’ai entendu
JULES
Oui mais, c’est un…
JOSÉPHINE
Si !
Donc, je suis plus boutonnée qu’un rosier au printemps
JULES
Sans compter les épines
JOSÉPHINE
Je pustule, je scrofule, je gourme
JULES
Je n’ai rien remarquéJuLES porte sa pipe à la bouche et grimace
Beurk !JULES range sa pipe
JOSÉPHINEJOSÉPHINE s’approche de JULES et ferme les yeux
Tes lèvres… Un baiser
ALPHONSEALPHONSE passe la tête par dessus le paravent
Was ?
JULES
Stop !ALPHONSE se cache derrière le paravent
JOSÉPHINE
Comment ?
JULES
Gardons le voile… Cela stimule l’imagination
JOSÉPHINEJOSÉPHINEpoursuit JULES autour de la table
Gredin, fripon…
JULES
Exacerbe la passion
JOSÉPHINE
Coquin, chenapan…
JULES
Enfièvre les sens
JOSÉPHINE
Embrasse ta vilaine baronne
JULES
Calmons notre fougue, Joséphine
JOSÉPHINEJOSÉPHINE s’allonge sur la table
Trousse ta méchante maitresse, pirate, pithécanthrope
JULES
Il suffit !
ALPHONSEALPHONSE passe la tête à côté du portemanteau
Ja ja ja ja
COCORICO
CocoricoALPHONSE se cache derrière le paravent
JOSÉPHINEJOSÉPHINE se redresse
Nous ne sommes pas seuls ?!
JULES
C’est un perroquet
Un spécimen rarissime
JOSÉPHINEJOSÉPHINE s’arrange
Je n’aime pas les oiseaux
COCORICO
Cornecul
JOSÉPHINE
Il jure ?!
JULES
Bien sûr que non…
Il est en plein apprentissage, alors parfois, il ne répète qu’une partie de la phrase
« Qui dans sa cour pi – core ne cul – tive pas son jardin »
JOSÉPHINE
Cela ne veut rien dire
JULES
C’est du perroquet
COCORICO
Elle est tordue la dodue
JOSÉPHINEALPHONSE se glisse dans la SALLE DE CINÉMA
Sans doute une poésie ?!
JULES
Je l’initie à la prosodie, alors il s’essaye aux vers
JOSÉPHINE
Et à la rîme riche
JULES
Je vais corriger cela, et ce perroquet sera avant peu tout à fait bien réglé
JOSÉPHINE
J’ai la phobie des volatiles
JULESJULES figé
Non !
JOSÉPHINE
Un cauchemard récurrent
J’ai sept ans, un bon ami de mon père me fait visiter sa basse-cour et je suis attaquée par le coq
COCORICO
Cocorico
JULES
Non !
JOSÉPHINE
Je consulte tout à l’heure à la Salpétriêre mon bon ami le docteur Sigmund Freud qui m’administre son traitement à la cocaïne
Il paraît que cela ne coûte rien à Carthagène
JULES
Non !
JOSÉPHINE
Il arrive de Vienne avec une nouvelle thérapie basée sur l’interprétation des rêves
JULES
Non !
JOSÉPHINE
Puisque je te le dis
JULES
Cela ne coûte rien, mais pour acheter la poudre, j’ai été obligé d’acheter le perroquet…
C’était un lot
JOSÉPHINE
Garde-le ton oiseau
COCORICO
Cocorico
JULES
Une espèce endémique de Colombie…
JOSÉPHINE
Non !
JULES
Sa singularité indigène lui viendrait de l’isolement de son nid au sommet de la canopée amazonienne…
D’après feu mon bon ami Charles Darwin
JOSÉPHINE
Non !
JULES
Une fortune…
Le bec… Un œil… Une patte, rien qu’une patte
COCORICO
Cocorico
JOSÉPHINE
Non ! Non ! Et non !
JULESJULES au PUBLIC
Je suis ruiné
JOSÉPHINE
Montre-moi la bague sertie de diamant par mon bon ami Charles Lewis Tiffany
JULESJULES la voix éteinte
Grace à un mécanisme ingénieux tout aussi discret qu’efficace, le chaton se soulève et ouvre le réservoir qui contient quelques grammes de poudre
JOSÉPHINEJOSÉPHINE hurle
Hi !
COCORICOJULES fouille sa poche de derrière
Cocorico
JULESJULES passe la bague au doigt de JOSÉPHINE
Une simple pression suffit…
Pourquoi ça ne marche pas ?JULES secoue la main de JOSÉPHINE
JOSÉPHINE
Tu me tords le doigt
JULESJULES humecte le doigt de JOSÉPHINE
Je ne comprends pas…
JOSÉPHINEJOSÉPHINE tente de retirer sa main
Tu me mords…
JULESJULES se redresse et arrache la bague avec les dents
Je comprends !… Louise
JOSÉPHINEJOSÉPHINE hurle
Hi ! Tu m’as mordue le doigt
COCORICO
Elle est mordue la cocue
JULESJULES range la bague dans sa poche de derrière
Je vais corriger cela, et cette bague sera avant peu tout à fait bien réglée
JOSÉPHINEJOSÉPHINE va vers le VESTIBULE
Rustre, monstre
J’aurais dû te laisser là où le baron t’a trouvé
JULESJULES au PUBLIC
Il s’agissait de ne pas se tromper
JOSÉPHINEJOSÉPHINE devant le VESTIBULE
Je suis partie
JULES
Quand au film ?
JOSÉPHINE
Pour le café… Avec la bague et sans l’oiseau
JULES
J’ai conçu l’intrigue comme une…
JOSÉPHINE
Dans son boudoir où elle se poudre, la baronne, Joséphine est importunée par un fâcheux, JulesJOSÉPHINE revient vers JULES
Arrive le baron, Alphonse qui chasse le raseur dans un duel au sabre
Le baronne embrasse le baron… Fin
JULES
Le baron risque de blesser quelqu’un avec un sabre
JOSÉPHINE
Redoutable duelliste dans sa jeunesse, je le crois encore plus dangereux maintenant qu’il flageole
JULESJOSÉPHINE sort par le VESTIBULE
Et un duel à la canne ?…JULES accompagne JOSÉPHINE et revient
Ou à chien enragé, tous les coups sont permis, tirer les cheveux, mordre le cul, et malheur au vaincuJULES au PUBLIC
SCÈNE 7MISE EN SCÈNE
LÉON, LOUISE, JULES, COCORICO
JULES s’assied sur la bonne chaise
LÉONLÉON sort de la LOGE
Madame la baronne est remontée comme un coucouLÉON vérifie que JULES n’est pas assis sur la chaise percée
COCORICOCOCORICO de la LOGE
Cocorico
LÉONLÉON décroche la robe de chambre du portemanteau
Votre robe de chambre en popeline
JULES
Soigneusement pliée dans la loge
LÉONLÉON range la robe de chambre dans la LOGE
Avec le plus grand soin
JULES
Chapeau pour tout à l’heure
Léon, vous avez un don
LÉONLÉON face au PUBLIC
Ah ?
JULES
Si
LÉON
Peut-être
JULES
Si
LÉON
Sans doute
JULES
Vous avez été fantastique, héroïque
LÉON
Merci Monsieur… Jules
À quel instant précisément ?
JULESJULES désigne le portemanteau
L’accrochage… au perroquet
COCORICO
Cocorico
LÉON
Ah oui, j’accroche bien
JULES
Le mouvement… cette aisance
LÉON
Le geste large et précis surtout
JULES
Quelle allure
LÉONLÉON relève la tête
Le port de tête y est pour beaucoup
JULES
Pas un mot à mon épouse
Elle pourrait s’imaginer
LOUISELOUISE de la SALLE DE CINÉMA
Oh le goujat !
LÉONLÉON se tourne vers la SALLE DE CINÉMA et regarde JULES
J’imagine
JULES
Vous êtes paradoxal, Léon
LOUISE
Oh le saligaud !
LÉON
Paradoxal ?
JULES
Vous avez l’air demeuré, pourtant vous faites preuve d’imagination
LOUISE
Oh l’ordure !
LÉON
Merci Monsieur… Jules
JULES
Je peux vous le confesser maintenant, je vous avais choisi d’abord pour votre nom
Le paon braille Léon, c’est le cri du paon… qui fait la roueJULES fait le paon
Comme je me nomme Paon
LOUISE
Faisan !
LÉON
Ah bon
JULES
Comment pensez-vous que je m’appelle ?
LOUISE
Vautour !
LÉON
Monsieur… Jules… PaonLÉON prononce P-A-O-N
JULES
Cela s’écrit P-A-O-N mais se prononce Paon
Vous êtes un peu lent Léon
LOUISE
Vieux hibou !
LÉONLÉON au PUBLIC
Lent ? Cela s’écrit L-É-O-N et se prononce Léon
JULES
Je m’appelle Paon, mon père s’appelait Paon, mon grand-père avant lui
Paon ! Paon ! Paon !
COCORICOLÉON se recroqueville et se couvre les oreilles
Cocorico
LÉONLÉON se redresse
Le perroquet va croire que la chasse est ouverte
JULES
Bref, j’y ai vu un signe
Ce perroquet qui imite le coq serait donc un cygne !
LOUISE
Il m’a prise pour une bécasse
LÉON
Un cygne ? Vous croyez ?
JULESJULES se lève
Et puis vous m’avez abasourdi par votre connaissance de la mécanique automobile
LOUISE
Pour une oie blanche
LÉONLÉON s’enthousiasme
L’automobile c’est mon dada
JULESJULES attise l’enthousiasme de LÉON
Vous avez su tirer 8 chevaux de ma Peugeot vendue pour 6
LOUISE
S’il croit que je vais rester à faire le pied de grue
LÉON
Le bicylindre à plat de la Type 17 développe même 12 chevaux poussé à 750 tours minutes
JULES
Je laisse sur place les fiacres légers
LOUISE
Et à bâiller aux corneilles
LÉON
Plus rapide que la Panhard & Levassor
JULES
Ah oui, beaucoup plus rapide
LOUISE
J’ai cru au miroir aux alouettes
LÉON
Et plus endurante que la De Dion Bouton
JULES
Bien plus endurante
LOUISE
Je ne ferai pas l’autruche
LÉONLÉON pose sa main sur l’épaule JULES
Vous pilote et moi mécanicien, nous pourrions…
JULES
Nous pourrions, nous allons participer aux courses organisées par l’Automobile Club de France
J’en suis membre
LOUISE
Personne ne me rognera les ailes
LÉON
Paris-Marseille
JULESJULES pose sa main sur l’épaule de LÉON
Va pour Paris-Marseille
LOUISELOUISE proche de sortir de la SALLE DE CINÉMA
Je vais lui voler dans les plumes
LÉON
Monsieur Michelin offre 2000 francs pour le meilleur temps
JULES
Dans mes brasJULES et LÉON s’enlacent
LOUISELOUISE sort de la SALLE DE CINÉMA
Le perroquet m’a tout ditJULES repousse LÉON
COCORICO
Cocorico
JULES
Le perroquet nie tout
COCORICO
Cocorico
LOUISELOUISE tourne le dos à JULES
Je demande le divorce
JULESJULES tourne le dos à LOUISE
Je refuse
LOUISELOUISE face à JULES
Le bonhomme déboutonne la baronne mais ménage son ménage
JULES
Elle passait simplement comme une bonne amie
LOUISELOUISE face au PUBLIC
Cela stimule l’imagination
JULES
Comment ?…
LOUISE
Exacerbe la passion
JULES
Mais comment ?…
LOUISE
Enfièvre les sens
JULESJULES s’assied sur la bonne chaise avec l’assistance de LÉON
Mais comment donc ?…
LOUISE
Le teint livide, le front blême, l’oeil torve, la voix éteinte
JULES
Je…
Léon, au secoursJULES à LÉON
Léon !JULES fait le paon
LOUISE
Tu gagnes du temps pour inventer un bobard
JULES
Nous…
Une idée, viteJULES à LÉON
LOUISE
Arranger tes salades
LÉONLÉON à l’oreille de JULES
Vous répétitiez le film
JULES
Nous répétions le film
LOUISE
Mais ?!
LÉONLÉON à l’oreille de JULES
Vous ne disposez que d’une bobine
JULES
Je ne dispose que d’une bobine
LOUISE
Donc ?!
LÉON
Vous ne pouvez pas vous permettre de la gâcher
JULES
Je ne peux pas vous permettre de la gâcher, me permettre de la gâcher
LOUISE
Or ?!
LÉON
Joséphine s’est proposée aimablement de montrer comment elle interprèterait la baronne
JULESJULES à LÉON
Je l’ai… Merci Léon
LÉONLÉON au PUBLIC
J’aurais dû le laisser s’emmêler les pinceaux, mais que voulez-vous
JULESJULES se lève
Joséphine s’est proposée aimablement de montrer comment elle interprèterait la baronne
LOUISE
Car ?!
JULES
C’est d’autant plus facile qu’elle est baronne
LOUISE
Et ?!
JULES
Ce sont quelques répliques récitées lorsque l’amant est avec la baronne, juste avant l’arrivée du baron
Un passage des plus caustique… Hahaha !
LOUISE
Ha, ha, ha
JULES
Tu es inquiète tout de même ?!
LOUISE
Penses-tu ?!
JULES
Inquiète et soupçonneuse
LOUISE
J’assisterai à la prochaine répétition pour montrer à la baronne comment faire l’actrice, aimablement
JULES
Jalouse
LOUISE
Quand à toi, Jules Paon, rédige une lettre d’aveu d’infidélité ou je dénonce tes magouilles au baron
JULES
Quelles magouilles ?
LOUISE
Alphonse Von Grab est le distributeur exclusif des meubles Michael Thonet
Or tu vends sa chaise n° 14 à Chicago et à New-York
JULESLOUISE se dirige vers la SALLE DE CINÉMA
La peste soit des femmes mariées… Mince, la bague
LOUISELOUISE lance la bague vers JULES
Tiens ! Ta bagueLOUISE sort par la SALLE DE CINÉMA
LÉONLÉON au PUBLIC
Pauvre Louise
JULESJULES cherche la bague par terre
Ce perroquet est une calamitéJULES furieux
COCORICO
Cocorico
JULES
Il jure, il balance, il trahit
LÉONLÉON au PUBLIC
Pauvre bougreJULES range la bague dans sa poche de devant
JULESJULES s’assied sur la bonne chaise avec l’assistance de LÉON
Léon, donnez-moi quelques bonnes recettes de viande blanche pour le manger à déjeuner
LÉON
Façon coq au vin
COCORICO
Cocorico
LÉON
Poule au pot
COCORICO
Cocorico
LÉON
Caille farcie
COCORICO
Cocorico
LÉON
Poulet rôti
COCORICO
Cocorico
JULES
Vous le cuisinerez rôti à la broche
COCORICO
Cocorico
LÉON
Vous êtes sûr Monsieur… Jules
JULES
Sûr et certain, dans la cheminéeJULES désigne la SALLE DE CINÉMA
LÉON
Pauvre bêteLÉON au PUBLIC
COCORICO
Cocorico
RomanceMISE EN SCÈNE
JULES et LÉON à table comme au cabaret
LOUISE entre par la SALLE DE CINÉMA
LOUISELOUISE chante
Il pleut sur ma romance
Voilà que ça recommence
Mon cœur pleure en silence
Mais ça n’a plus d’importance
La douleur la souffrance
Je m’en balance quand j’y pense
C’était comme écrit d’avance
Il pleut sur ma romance
Tant pis pour le bonheur
D’ailleurs je n’ai plus peur
Sur son cadavre poussent des fleurs
Quand il meurt
C’était comme écrit d’avance
Il pleut sur ma romance
Il est des circonstances
Où l’on n’a pas le choix ou pas de chance
Il est des évidences
L’amour parfois n’a pas le même sens
Il m’a fallu l’absence
Des jours sans toi pour en prendre conscience
J’avais en ta présence
Confiance en l’existenceLÉON sort discrètement par le VESTIBULE
Tant pis pour le bonheur
D’ailleurs je n’ai plus peur
Sur son cadavre poussent des fleurs
Quand il meurt
J’avais en ta présence
Confiance en l’existence
C’était comme écrit d’avance
Il pleut sur ma romanceLOUISE sort par la SALLE DE CINÉMA
ACTE II
Le mardi 4 mai 1897 à 13:00, à Montmartre dans le vestiaire d’une salle de cinématographe
SCÈNE 1MISE EN SCÈNE
LÉON, JULESJULES triste, assis sur la bonne chaise
LÉON en cuisinier devant la table se brûle avec la broche
LÉON tente de sortir la broche du rôti
LÉONLÉON pose le tout dans l’assiette de JULES
L’aile ou la cuisse ? Monsieur… Jules
JULES
Il n’a pas souffert ?
LÉON
Je lui ai bandé les yeux pour ne pas qu’il voit son malheur
JULES
Pas de sanglot ?
LÉON
Il a récité ses prières… Et couic
JULES
Couic
LÉON
Couic Monsieur… Jules
JULES
Servez… Madame ne déjeunera pasLÉON voit un doigt sortir de son gant percé
Nous sommes un peu rabibocher, je lui ai rendu sa bague, mais elle boudeJULES retire sa chaussure et voit un doigt de pied sortir de sa chaussette percée
LÉONLÉON retire ses gants et accroche le coin de la nappe au cou de JULES
Elle boude maigre, sans boût de grasLÉON note dans son carnet
JULES
Là vous socialisezJULES se resaisit
Typiquement, l’employé qui plaisante avec son patron
LÉONLÉON découpe le rôti et nourrit JULES comme un bébé
Je vous garde les os pour le bouillon ? Monsieur… Jules
JULESJULES triste
Rangez les dans une boîte
Nous ferons un petit cercueil pour l’enterrer au cimetière Saint-Vincent
LÉONLÉON montre le chapeau sur le portemanteau
J’ai gardé les plumes de la queue pour égayer un chapeau
Avec en ajout, une plume de paon comme un clin d’œil
JULESJULES mange avec peine
Voilà le plat de volaille le plus cher de l’histoire, Léon
LÉON
Bien mâcher, Monsieur… Jules
JULES
Il a coûté beaucoup beaucoup d’argent
LÉON
Et garder en bouche
JULES
Une fortune… La mienne
LÉON
D’après mes calculs, vous avez gagné une fortune
JULESJULES agacé
Épargnez-moi
LÉON
Vous auriez vendu Cocorico vous mangeriez deux fortunes
Vous le mangez quand il ne vaut encore qu’une fortune
Vous avez donc économisé une fortune
JULESLÉON se resaisit
C’est pourtant juste
Resservez-moi
LÉONLÉON sert JULES
Un peu de jugeote, Monsieur… Jules
JULES
En plein paradoxe… De l’imagination, du bon sens
Vous me rappeler mon bon ami Thomas Edison
LÉON
Pour l’esprit
JULES
Pour le paradoxe
Il est sourd et c’est un génie
LÉON
Ludwig van Beethoven aussi selon le Baron
JULES
Protégé du vacarme, l’esprit vagabonde, gambade
LÉON
Fôlatre et batifole
JULES
Souvent les sourds sont ailleurs
LÉON
Vrai ! Mon cousin est sourd et il est tailleur… Pour damesLÉON accuse JULES
JULES
Cela s’entend
LÉONLÉON désigne le VESTIBULE
Comme le pas léger de Madame la baronneJULES se lève et entre dans le VESTIBULE pour accueillir la baronne
SCÈNE 2MISE EN SCÈNE
JOSÉPHINE, LÉON, JULES, COCORICOJOSÉPHINE entre par le VESTIBULE
JULES la suit
JOSÉPHINELÉON moque la robe de JOSÉPHINE
Je suis guérie !JOSÉPHINE sans égard pour LÉON
JULESLÉON propose la chaise percée
Joséphine, je t’attendais pour le caféJOSÉPHINE sans attendre s’assied sur la chaise percée
Une chaise…
LÉONJULES s’assied sur la bonne chaise
L’aile ou la cuisse ? Madame la baronneLÉON présente le plat
JOSÉPHINEJOSÉPHINE face au PUBLIC
Je n’ai pas faim
Je suis assise sur un trésor, la chaise n° 14 de feu mon bon ami Michael Thonet
Alphonse détient l’exclusivité de sa distributionJOSÉPHINE à JULES
JULES
Et oui, sinon prison, le bagne
Guérie de quoi ?
LÉON
L’aile est moins… tordue
JOSÉPHINE
Je n’ai pas faim
Hystérie, phobie… tout !
JULES
Phobie ?!…
LÉON
La cuisse est plus dodue
JOSÉPHINE
Je n’ai pas faim
J’ai raconté mon rêve à mon bon ami le docteur Sigmund Freud
JULES
L’attaque du coq
LÉON
Avec de la sauce ?
JOSÉPHINE
Mais il agace
JULES
Joséphine ne déjeune pas
LÉON
Un dessert ?
JOSÉPHINE
Et bien le crois-tu
Je suis tout simplement éprise de mon père
LÉON
Pas de dessert, je dessersLÉON dessert l’assiette vide dans la LOGE
JOSÉPHINE
Image du père transférée sur Alphonse
JULES
Tout vieux, tout rabougri, sourd comme un pot
LÉON
Dur de la feuille et mou du genou
JOSÉPHINE
Plaît-il ?
JULES
Il n’est pas avec toi ?
JOSÉPHINE
Alphonse est ici selon mon majordome
LÉON
Monsieur le baron est passé par la loge Monsieur… Jules
JULES
Il pourrait prévenir
JOSÉPHINE
La loge qui est poussiéreuseJOSÉPHINE se lève
JULES
Ah
LÉONJOSÉPHINE inspecte le VESTIARE
Où il a enfilé votre robe de chambre en vue du tournage
JULES
Ma robe de chambre en popeline, tout de même
JOSÉPHINE
Et il manque un coup de peinture ici
JULES
Voilà…LÉON révèle la chaise percée à JOSÉPHINE et désigne sa robe comme responsable
JOSÉPHINEJOSÉPHINEdément
Ta femme ne déjeune pas ?
JULES
Louise est fatiguée
JOSÉPHINE
Et ton oiseau, il est bien silencieux
Comment s’appelle-t’il ?
JULES
« Cocorico »
C’était un… c’est un perroquet
JOSÉPHINE
Un monsieur, une madame ?
JULES
Un mâle
Pour ce qu’il en reste
LÉON
Sinon il s’appelerait « Cotcot »
JOSÉPHINE
Il interrompt ?
JULES
Léon, ne coupez pas Joséphine
JOSÉPHINE
Cotcot ou cocotte, comme ces jeunes femmes faciles que quelques messieurs grossiers lèvent au bordel
JULESJULES se lève
Tout le monde n’a pas le savoir-vivre de l’aristocratie
JOSÉPHINEJOSÉPHINE vers la LOGE
Cocorico !… Il ne répond pas
JULESJULES face au PUBLIC
Il est aphone… C’est qu’il a beaucoup répété depuis ce matin
LÉON
Toutes les recettes à base de viande blanche
JOSÉPHINE
De quoi se mèle-t’il ?
JULES
Mais de quoi ?!
JOSÉPHINEJOSÉPHINE regarde le rôti avec suspicion
Vous ne l’avez pas mangé au moins ?
JULES
Qui ça ?
JOSÉPHINE
Cocorico… Le perroquet
JULES
Oh Cocorico
JOSÉPHINE
Parce qu’il est bien appétissant
COCORICOCOCORICO de la LOGE la voix éteinte par un linge
Kekereke
LÉONLÉON fait semblant de tousser
Kekereke
JOSÉPHINE
Il tousse ?
JULES
Vous toussez ?
JOSÉPHINE
Probablement un mets exquis
COCORICO
Kekereke
LÉON
Kekereke
JOSÉPHINE
Est-il malade ?
JULES
Vous êtes malade ?
JOSÉPHINE
Sans doute une chair tendre et goûteuse
COCORICO
Kekereke
LÉON
Kekereke
JOSÉPHINE
Serait-il contagieux ?… Attention !
JULES
Attention Léon, la main devant la bouche
JOSÉPHINEJOSÉPHINE s’assied sur la bonne chaise
Délicieux à la moutarde, ou à la mangue pour s’accomoder aux saveurs locales
COCORICO
Kekereke
LÉON
Kekereke
JOSÉPHINE
Il faut se soigner
JULES
Je vais l’embrocher
JOSÉPHINE
Tout de même !
JULES
Je l’aurais certainement embroché
LÉON
Cuit à la broche
JOSÉPHINE
Mais enfin de quoi se mèle-t’il ?
JULES
Café ?
Léon, servez-nous le café
Il vient de Vienne… Une tasse ?
LÉONLÉON dessert l’assiette de JULES dans la LOGE
Il vient de Vienne, il tient la tienneLÉON note dans son carnet
JOSÉPHINE
Est-il débile ?
JULES
Il socialise
JOSÉPHINE
Tu laisses faire !
JULES
Je n’ai rien à craindre d’une révolution, moi, je ne suis pas aristocrate
JOSÉPHINE
Puisque désormais je n’ai plus peur des oiseaux, je compte acheter le perroquet et lui faire un joli nid douillé chez moi
JULES
Marché conclu, il est à toi
Me voilà dans de beaux draps
JOSÉPHINE
Qu’est-ce à dire ?
LÉON
Monsieur… Jules propose de fournir les draps
JOSÉPHINE
Et il s’arroge le droit de commenter ?
JULES
Sans commentaire…
Léon, à l’aideJULES chuchote à LÉON
LÉON
Que Monsieur… Jules me permette d’aller prendre l’air
JULESJULES à LÉON
Prendre l’air ?
JOSÉPHINE
Il en prend à son aise
LÉON
Que Monsieur… Jules me permette d’aller « marcher »…LÉON fait pour JULES le geste guillemets pour JOSÉPHINE marche
« Marcher »…LÉON fait pour JULES le geste guillemets pour JOSÉPHINE marche
Au marchéLÉON chuchote à JULES
JULESJULES chuchote à LÉON
Je l’ai… Merci Léon
LÉON
Décidément, bonne pomme, mais que voulez-vous
JULESJULES fait pour LÉON le geste guillemets pour JOSÉPHINE marche
Allez « marcher » et revenez préparer la cage du « perroquet »JULES fait pour LÉON le geste guillemets pour JOSÉPHINE ailes
Promptement, je compte sur vous pour tourner la manivelle de la caméraLÉON dessert la table dans la LOGE et retire ses habits de cuisinier
LÉON
Barrons-nous comme dirait la baronne
JOSÉPHINE
Il marmonne
LÉON
Je dis tout bas ce que je pense tout hautLÉON note dans son carnet
JOSÉPHINELÉON sort par le VESTIBULE coiffé avec le rocambole
Mais qu’on lui coupe la parole, ma paroleJOSÉPHINE se lève
Et ma bague
JULES
Ta bague… Elle est prête
Dans la poche de derrière…JULES fouille sa poche de derrière
JOSÉPHINE
Je suis impatiente de soulever le chatonJULES passe la bague au doigt de JOSÉPHINE
JULES
Et moi donc
JOSÉPHINE
Pour me repoudrer le nez
JULES
Une simple pression suffit…
Pourquoi ça ne marche pas ?JULES secoue la main de JOSÉPHINE
JOSÉPHINE
Tu me tords le doigt
JULES
Je ne comprends pas…JULES humecte le doigt de JOSÉPHINE
JOSÉPHINE
Tu me mords… EncoreJOSÉPHINE hurle
JULESJULES face au PUBLIC
La bague pour Louise dans la poche de devant
La bague pour la baronne dans la poche de derrière
Ma femme, la poche de devant, ma maitresse, la poche de derrière
Ou le contraire… Non, Louise, Joséphine, devant, derrière
Il s’agit de ne pas se tromper
Louise devant et la baronne derrièreJOSÉPHINE entend JULES
JOSÉPHINEJOSÉPHINE indignée
Je dérange
JULES
Je comprends !… LouiseJULES devant la SALLE DE CINÉMA
SCÈNE 3MISE EN SCÈNE
JOSÉPHINE, ALPHONSE, JULES
ALPHONSE aveuglé sort de la SALLE DE CINÉMA
ALPHONSEALPHONSE le visage couvert de poudre blanche bouscule JULES
Was ist das ?
JOSÉPHINEJOSÉPHINE se rue sur ALPHONSE
Ma poudre
JULESJULES face au PUBLIC
Catastrophe
ALPHONSE
Katastrophe
JOSÉPHINEJOSÉPHINE récupère la poudre sur le visage d’ALPHONSE et la sniffe
On ne bouge plus mon ami
ALPHONSE
Ja ja ja ja
JULESJULES joue avec sa pipe comme Sherlock Holmes
Un baisemainJULES semble résoudre une énigme
JOSÉPHINE
On est agité, turbulant
ALPHONSE
Turbulent
JULESJULES mime la scène
Louise tend sa main avec souplesse
JOSÉPHINE
On tend la joue
ALPHONSE
Ja ja ja ja
JULES
Alphonse s’incline, jambes serrées, buste droit
JOSÉPHINE
L’autre joue
ALPHONSE
Ja ja ja ja
JULES
Louise abandonne sa main légèrement molle
JOSÉPHINE
On en a dans les oreilles
ALPHONSE
Was ?
JULES
Alphonse la saisie délicatement
JOSÉPHINEJOSÉPHINE se frotte les gencives
Non, des croutes
ALPHONSE
Was ?
JULES
L’effleure du bout de son menton
JOSÉPHINEJOSÉPHINE prend la pipe de JULES et l’utilise comme un cornet
Des croutes !
ALPHONSE
Krusten !JULES reprend sa pipe
JULES
Cela déclenche le mécanisme
JOSÉPHINE
Sous le menton
ALPHONSE
Ja ja ja ja Ha ha ha ha !
JULES
Soulève le chaton
JOSÉPHINE
Ça chatouille
ALPHONSE
Das kitzelt Ha ha ha ha !
JULES
Et propulse la poudre au visage du baronJULES désigne ALPHONSE
JOSÉPHINE
Ha ha ha ha !
ALPHONSE
Ja ja ja ja Ha ha ha ha !
JULES
Élémentaire mon… Beurk !JULES porte sa pipe à la bouche et grimace
JOSÉPHINEALPHONSE s’affale sur la chaise percée et convulse
Comment ma bague, sertie de diamant par mon bon ami Charles Lewis Tiffany, dotée d’un mécanisme ingénieux tout aussi discret qu’efficace, est-elle au doigt de Louise ?JOSÉPHINE face au PUBLIC s’énerve
JULESJULES cherche autour de lui
Léon n’est pas revenu ?
JOSÉPHINE
Ce demeuré connaîtrait la réponse à une énigme digne d’un roman de mon bon ami Conan DoyleJOSÉPHINE commence à perdre le contrôle
Cela m’évoque une anecdote croustillante… Ha ha ha ha !… Plus tard
JULES
Léon ?
JOSÉPHINE
M’offrir la même bague qu’à sa femme
Pas exactement, puisque la sienne fonctionne
JULES
Domestique ?
JOSÉPHINE
Quel toupet !
Décidément, j’aurais dû le laisser là où le baron l’a trouvé
JULESJULES face à JOSÉPHINE
Mettons les choses au point
JOSÉPHINEJOSÉPHINE face à JULES
Oui, tirons au clair
JULESJULES face au PUBLIC
Je ne fréquente pas le bordel
JOSÉPHINEJOSÉPHINE face au PUBLIC
L’autrichien t’y a vu en charmante compagnie
ALPHONSE
Ja ja ja ja
JULES
J’y accompagne mon bon ami Henri de Toulouse-Lautrec qui trouve dans ces filles de joie des modèles expressifs
JOSÉPHINE
Expressifs ? Je dirais frivoles
ALPHONSE
Frivol
JULES
Désinvoltes
JOSÉPHINE
Dévergondés
ALPHONSE
Ja ja ja ja
JULESJULES entre dans la LOGE et ressort avec un tableau de Toulouse-Lautrec
Ce qui permet d’ailleurs de te vendre son œuvre une somme modiqueJOSÉPHINE se reconnaît dans le tableau
JOSÉPHINEJULES pose le tableau sur ALPHONSE qui le tient à l’envers
Soit, attendons le retour de Léon le perspicaceJOSÉPHINE s’assied sur la bonne chaise
JULESJULES bourre sa pipe mais grimace à l’idée de la porter à la bouche
Projection au Bazar de la Charité à 16 heures…JULES regarde sa montre à gousset
Ne perdons pas de temps…
JOSÉPHINEJOSÉPHINE s’impatiente
Répétition du film !JOSÉPHINE se lève enthousiaste
JULES
Je ne dispose que d’une bobineJULES relève ALPHONSE et le laisse derrière le paravent
Je ne peux pas vous permettre de la gâcher, me permettre de la gâcher
ALPHONSEALPHONSEsaisit le crâne de JOSÉPHINE
Sein oder nicht sein… To be or not to beALPHONSEattend derrière le paravent
JOSÉPHINEJOSÉPHINE se met en scène sur la bonne chaise
Dans son boudoir où elle se poudre, la baronne, Joséphine est importunée par un fâcheux, Jules
JULESJULES importune JOSÉPHINE
J’importune
JOSÉPHINEJOSÉPHINE résiste à JULES
Arrive le baron, Alphonse qui chasse le raseur…
ALPHONSEALPHONSE bondit de derrière le paravent
Meine LiebeALPHONSE charge JULES la canne en avant
JULESJULES surpris par la charge d’ALPHONSE
Donc pas de duel au sabre…ALPHONSE frappe JULES à coup de canne
JOSÉPHINEJULES saisit le sabre et se bat en duel
Au secours !…JOSÉPHINEfuit devant ALPHONSE et se défend avec son ombrelle
ALPHONSEJULES pique son paon avec son sabre et ressent une blessure
Gott bewahre, Gott beschützeALPHONSEfrappe le paon pour blesser JULES qui le désarme
Unser Kaiser, unser LandALPHONSE chante l’hymne autrichien à tue-tête
ALPHONSE enlève la robe de chambre et sort par le VESTIBULE
JOSÉPHINE accroche son chapeau au portemanteau
JOSÉPHINE se frotte sur le paon pour troubler JULES
JULES décroche ses tentures et les range avec la robe de chambre dans la LOGE
SCÈNE 4MISE EN SCÈNE
JULES , JOSÉPHINE
JULES sort de la LOGE avec la cage vide
JULESJULES ouvre la cage et en sort un papier
J’ai trouvé cette lettre dans la loge… adressée à… « La tordue dodue »JULES hésite à tendre le papier à JOSÉPHINE
JOSÉPHINEJOSÉPHINE prend la lettre et la lit
Une demande de rançonJOSÉPHINE tend la lettre à JULES
JULESJULES prend la lettre et la lit
« Demande de rançon
Merci de bien vouloir remettre trois fortunes à Léon, le domestique en échange de Cocorico
Anonymement
L »JULES regarde JOSÉPHINE incrédule
JOSÉPHINE
Trois fortunes
JULESJULES remet le papier dans la cage
Ton perroquet
JOSÉPHINE
Mon perroquet… Tout dépend à quelle heure il a été kidnappé
Avant ou après te l’avoir acheté ?
JULES
Après… C’est évident
JOSÉPHINE
Mais qui peut bien en être l’auteur ?
JULESJULES prend sa pipe
Surtout ne rien payer
JOSÉPHINE
Je ne payerai pas
JULES
Ensuite prévenir la police
JOSÉPHINEJOSÉPHINE s’emballe en parlant de son ami
Je sollicite le concours de mon bon ami le préfet de police Louis Lépine
Cela m’évoque une anecdote croustillante… Ha ha ha ha !
La fois où il m’a prise par la taille pour monter dans son fiacre… Ce vieux Louis…
Rappelle-moi de te le raconter
JULES
Le concours de Lépine, un recours d’aucun secours
JOSÉPHINE
Alors que faire ?
JULES
Oublier les souffrances de ce pauvre animal, loin de sa « maman »JULES surveille JOSÉPHINE pour vérifier l’effet sournois de ses phrases
JOSÉPHINE
Ignorer l’instinct maternel
JULES
Surtout ne rien espérer
JOSÉPHINE
Aucun espoir
JULES
Se préparer à un abjecte chantage
JOSÉPHINE
Prête
JULES
Et à recevoir chaque jour un morceau du perroquet
JOSÉPHINEJOSÉPHINE d’une voix inquiète
Chaque jour un morceau ?
JULES
Surtout ne rien céder
JOSÉPHINE
Je ne cèderai rien
JULES
Pas un sou
JOSÉPHINE
Pas un sou
JULES
Le bec…
JOSÉPHINE
Le bec ?
JULES
Pas un centime
JOSÉPHINE
Pas un centime
JULES
Un œil…
JOSÉPHINE
Un œil ?
JULES
Pas la moindre piècette
JOSÉPHINE
Pas la moindre piècette
JULES
Une patte…
JOSÉPHINE
Une patte ?
JULES
Rien
JOSÉPHINE
Rien
JULESJULES d’une voix préoccupée
Puis ses os, rangés dans une boîte comme un petit cercueil
JOSÉPHINEJOSÉPHINE d’une voix préoccupée
Nous irons l’enterrer au cimetière Saint-Vincent
JULESJULES soudain se tourne vers le VESTIBULE
On vient… Quelqu’un… Avec un colis…JULES d’une voix halletante
Ne regarde pas !JULES protège JOSÉPHINE de la vue du VESTIBULE
JOSÉPHINEJOSÉPHINE prise d’effroi s’éloigne du VESTIBULE
Pitié, je paye
SCÈNE 5MISE EN SCÈNE
LÉON, JULES , JOSÉPHINE, COCORICO
LÉON entre par le VESTIBULE tenant COCORICO dans ses bras
COCORICOCOCORICO faiblement
Kekereke
LÉONLÉON accroche le rocambole au portemanteau
Je reviens de marcher Monsieur… Jules
JULESJULES ravi par la ruse de LÉON
Un coq… Cocorico !
COCORICO
Kekereke
JOSÉPHINEJOSÉPHINE surprise de voir un coq
Cocorico ? Il ressemble à un coq !
JULES
Parce qu’il pousse la supercherie jusqu’à prendre la forme du gallinacé lorsqu’il l’imite
COCORICO
Kekereke
LÉONLÉON donne un papier à JULES
J’ai trouvé le perroquet ligoté dans le vestibule, un papier dans le bec
JULESJULES lit le papier
À l’attention de… « La tordue dodue »JULES regarde JOSÉPHINE
JOSÉPHINEJOSÉPHINE prend le papier à JULES et lit
Marché conclu
LJOSÉPHINE regarde JULES et LÉON
JULESJULES reprend le papier à JOSÉPHINE
Affaire classéeJULES face au PUBLIC
Vous avez acheté un coq au marché pour remplacer CocoricoJULES chuchote à LÉON
LÉONLÉON fier
Vrai ! Au service Monsieur… JulesLÉON accuse JULES
JULES
Bravo Léon
LÉON
J’ai croisé le baron courant tout nu et chantant à tue-tête l’hymne autrichienLÉON à JOSÉPHINE
C’est entêtant le teutonLÉON demande à JULES de noter dans son carnet
JULESJULES note dans le carnet et le parcourt surpris
Il n’ira pas loin, on va le prendre pour un prussienJULES à JOSÉPHINE
LÉON
Pas bon la guerre… Nicht gut
JOSÉPHINEJOSÉPHINE remet le papier dans la cage
Regarde qui est là !JOSÉPHINE à COCORICO
Est-il devenu muet ?
JULESJULES à JOSÉPHINE
Il se repose, après une telle épreuveJULES prend LÉON à témoin
LÉONLÉON chuchote à JULES
Je lui ai administré un sédatif pour qu’il reste calme
JULES
Il dort
JOSÉPHINE
Au moins est-il sain et sauf
LÉON
Un bel oiseau
COCORICO
Kekereke
JOSÉPHINEJOSÉPHINE à COCORICO
Il tousseJOSÉPHINE prend JULES à témoin
JULES
Il parle dans son sommeil, il rêve sans doute de sa canopée natale
JOSÉPHINE
En tout cas il est tout entier
LÉON
Un fier animal
COCORICO
Kekereke
JOSÉPHINE
Est-il malade ?
JULES
Il ronfle
JOSÉPHINE
Pour le coup il n’en manque pas un morceau
LÉON
Vigoureux le volatille
COCORICO
Kekereke
JOSÉPHINE
Serait-il contagieux ?… Attention !
JULESJULES à COCORICO
Attention Cocorico, l’aile devant le becJULES met sa main devant sa bouche
JOSÉPHINEJOSÉPHINE à COCORICO
Maman va te soigner
Fff…JOSÉPHINE souffle sur COCORICO
LÉON
Pauvre bête
JULES
Il est temps de le réveiller
JOSÉPHINEJOSÉPHINE parle à COCORICO
Il va parler à maman Jojo
LÉONLÉON imite COCORICO
Maman
JOSÉPHINE
Merveilleux
JULES
Splendide
JOSÉPHINE
Coucou Coco
LÉONLÉON imite COCORICO
Maman, je t’aime
JOSÉPHINEJOSÉPHINE dénonce LÉON
Supercherie !
JULES
Quoi ?
JOSÉPHINE
Imposture !
JULES
Mais quoi ?
JOSÉPHINE
Fourberie !
JULES
Mais enfin quoi ?
JOSÉPHINE
Le valet parle à la place de l’oiseau
D’ailleurs il n’ouvre pas le bec
JULESJULES prend sa pipe pour réfléchir
Parce que ce perroquet…
LÉON
Est ventriloqueJULES surpris
JOSÉPHINEJOSÉPHINE à JULES
Qu’est-ce à dire ?
JULESJULES désigne COCORICO à JOSÉPHINE
Regarde bien son bec
LÉONLÉON imite COCORICO
Maman, je t’aime
JULESJULES prend JOSÉPHINE à témoin
Il ne bouge pas
JOSÉPHINEJOSÉPHINE confirme
Le bec ne bouge pas
JULESJULES désigne LÉON à JOSÉPHINE
Tandis que les lèvres de Léon
LÉONLÉON imite COCORICO en exagérant l’articulation
Maman, je t’aime
JULESJULES prend JOSÉPHINE à témoin
Elles bougent
JOSÉPHINEJOSÉPHINE confirme
Les lèvres bougent
JULESJULES face au PUBLIC
Tel un ventriloque, le perroquet donne l’illusion que c’est Léon qui parle
LÉONLÉON imite COCORICO en exagérant l’articulation
Maman, je t’aime
JOSÉPHINEJOSÉPHINE confirme
C’est pourtant vrai
LÉONLÉON imite COCORICO en exagérant l’articulation
Elle est tordue la dodue
JOSÉPHINEJOSÉPHINE exédée
C’en est trop, j’y renonceJOSÉPHINE va vers le VESTIBULE
Garde-le ton oiseauLÉON confie COCORICO à JULES
JULESJULES suit JOSÉPHINE
Ton oiseau
JOSÉPHINE
Et bien soit, mon oiseau, je te l’abandonne
JULES
Joséphine…
LÉONLÉON pose le chapeau à plumes sur la tête de JOSÉPHINE
Votre chapeau
JOSÉPHINEJOSÉPHINE face au PUBLIC
J’aurais fini par le manger
JULES
Baronne…JOSÉPHINE touche le chapeau à plumes sur sa tête
JOSÉPHINEJOSÉPHINE hystérique
Le coq m’attaque… Je suis attaquée par le coq, ma phobie
Hi !JOSÉPHINE sort par le VESTIBULE
JULES accompagne JOSÉPHINE
SCÈNE 6MISE EN SCÈNE
JULES, LÉON, COCORICOJULES entre par le VESTIBULE avec COCORICO dans les bras
JULES donne COCORICO à LÉON
COCORICO
Cocorico
LÉONLÉON berce COCORICO comme un bébé
Il revient à lui
JULESJULES s’assied sur la bonne chaise avec l’assistance de LÉON
Cessez d’agacer ce gallinacé
LÉON
C’est un perroquet
Un spécimen rarissime
Acheté à Carthagène en Colombie, une fortune
Et revendu trois fois son prix à la baronne tout en le gardant
COCORICO
Cocorico
JULES
La demande de rançon Léon…
L, c’est vous ?!
LÉON
Elle c’est elle, vous c’est vous, et moi c’est moi
JULES
Tout juste
LÉONLÉON s’assied sur la chaise percée
C’est moi Monsieur… Jules
JULES
Pourtant lorsque je vous ai dit :
« Vous avez acheté un coq au marché pour remplacer Cocorico »
Vous avez répondu
LÉON
Vrai ! Au service Monsieur… JulesLÉON accuse JULES
Sans préciser quand
JULES
Quand
LÉON
J’ai acheté un coq au marché lorsque vous m’avez demandé de cuisiner Cocorico
JULES
Mais alors, je n’ai pas mangé mon perroquet
LÉON
Non Monsieur… Jules, vous avez mangé un quelconque coq à la broche
JULES
Je le trouve moins savoureux maintenant
LÉON
La popote ordinaire
JULES
Cocorico
COCORICO
Cocorico
LÉON
Je l’ai ensuite caché sous un linge
JULES
Dans la loge
LÉON
Après lui avoir administré un sédatif
JULES
Pour qu’il reste calme
LÉON
Maintenant sans baron ni baronne, le tournage est compromis
JULESJULES se lève
Nenni… Voici ma version
Dans sa chambre où elle se coiffe, la baronne, Louise est importunée par un séducteur, Jules
Arrive le baron, Léon qui est chassé par le charmeur dans un duel à la canne
Le baronne embrasse le galant… Fin
LÉON
Un duel à la canne, c’est spectaculaire
JULES
Je prierai la baronne d’assister à la projection
Louise saura convaincre le baron de l’accompagner au piano
LÉONLÉON se lève
Le perroquet désapprouve
JULES
Il n’a pas ouvert le bec
LÉON
Je comprends ce qu’il ne dit pas
JULES
Darwin en tomberait de sa branche… Ce vieux Charles…JULES réalise qu’il imite la baronne
Cela m’évoque une anecdote…
Et zut !
LÉON
Je pratique un peu la langue des signes
JULES
Dîtes un truc que je devine pour en avoir la preuve
LÉONLÉON signe « Moi » « Aveugle » et ne prononce que les voyelles
-oi a-eu-e
JULES
Voir la preuve
LÉONLÉON signe « Moi » « Aveugle »
Moi aveugle
JULES
Étrange
Donc un sourd dit à un sourd qu’il est aveugle
LÉON
Mieux vaut prévenir
JULES
Un autre
LÉONLÉON signe « Sourd » et ne prononce que les voyelles
-ou–
JULES
Court… Lourd
LÉONLÉON signe « Sourd »
Sourd
JULES
C’est piégeux
LÉON
Je peux vous appendre
JULES
Vous socialisez de plus en plus
LÉONLÉON pose la main sur l’épaule de JULES
J’évolue avec mon temps
JULES
Attention Léon, je connais cette théorie
Karl Marx, la lutte des classes et tout le tintouin
LÉONLÉON se défend
Vous en parlez comme d’une faribole
JULES
Ça ressemble à la VachalcadeJULES désigne l’affiche de la Vachalcade
Une farandole carnavalesque d’artistes et de montmartrois désœuvrés
Les femmes en Colombine, les hommes en Pierrot, et je cours après une vache enragée
LÉON
Le sang de la Commune coule encore dans nos veines
JULES
Faites-la votre révolutionLÉON s’assied sur la table
Les laborieux n’auront toujours que le salaire de leur force de travail
Les bourgeois en plus des profits du capital gagneront la rente et les intérêts des aristocrates
LÉONJULES et tournent la tête vers la SALLE DE CINÉMA
Vous sortez ?…LÉON se lève
JULES
Un tour chez le coiffeurJULES met son rocambole
Préparez la caméra, je reviens tourner le film
Je vous laisse expliquer la situation à LouiseJULES sort par le VESTIBULE
SCÈNE 7MISE EN SCÈNE
LÉON, LOUISE, COCORICO
LÉONLOUISE sort de la SALLE DE CINÉMA
Expliquer… Mais quoi ?LÉON époussette avec COCORICO pour échapper à LOUISE
LOUISELOUISE suit LÉON dans le VESTIAIRE
Un baisemain et ma bague expulse une poudre blanche
Sans explication
Le baron chante à tue-tête l’hymne autrichien
Sans explication
La baronne hurle comme une furie
Sans explication
Cocorico, plus de cocorico, re-cocorico
COCORICO
Cocorico
LOUISELOUISE à LÉON
Sans jamais aucune explication
LÉONLÉON feind de découvrir la présence de LOUISE
Ah Madame, je ne vous avais pas entendue
LOUISE
Résumons… Que disiez-vous avec Jules
LÉON
Je révèlais à Monsieur… Jules qu’en plus de bien des talents, ce perroquet est ventriloque
COCORICO
Cocorico
LOUISELOUISE face au PUBLIC
Sans conteste
LÉONLÉON à LOUISE
Regardez bien son bec
Il ne bouge pas
LOUISE
Le bec ne bouge pas
LÉON
Tandis que mes lèvres
Elles bougent
LOUISE
Les lèvres bougent
LÉON
Tel un ventriloque, le perroquet donne l’illusion que c’est moi qui parle
COCORICO
Cocorico
LOUISELOUISE rapproche son nounours de COCORICO
Mon nounours aussi est ventriloque
LÉONLÉON fait jouer le ventriloque à COCORICO
Il ne vous quitte jamais
LOUISELOUISE fait jouer le ventriloque à son nounours
C’est mon doudou
LÉON
J’ai perdu le mien quand j’étais petit
Inconsolable
LOUISE
Je le porte en sac à main, pour ne pas attirer l’attention
LÉON
Il est doux le doudou
LOUISELOUISE recule son nounours et s’éloigne de LÉON
Quel culot
LÉONLÉON avance COCORICO
Puisque c’est le perroquet qui parle
COCORICO
Cocorico
LOUISELOUISE face au PUBLIC
Poursuivez
LÉON
Monsieur… Jules m’exposait sa version de l’intrigue conçue pour son film
J’y préfère la mienne
LOUISE
La vôtre ?
LÉONLÉON mime la scène
Dans sa loge où elle se maquille, la chanteuse, Louise est importunée par son imprésario, Jules
Arrive un admirateur, Léon qui chasse le raseur dans un duel à chien enragé
La chanteuse embrasse l’amoureux… Fin
LOUISELOUISE amusée
Je vous embrasse ?
LÉONLÉON amusé
Un baiser tendre et fougueux
LOUISELOUISE recule son nounours et s’éloigne de LÉON
Quelle impudence
LÉONLÉON avance COCORICO
C’est toujours le perroquet qui parle
COCORICO
Cocorico
LOUISELOUISE face au PUBLIC
J’imposerai ma vision, une intrigue intrépide
LÉON
Peut-on goûter une part de ce morceau de bravoure ?
LOUISELOUISE face au PUBLIC
Plus tard, patience
Ensuite
LÉONLÉON fait jouer le ventriloque à COCORICO
Je disais à Monsieur… Jules que mon cousin pratique la langue des signes
Il est sourd et m’en apprend les rudiments
LOUISELOUISE fait jouer le ventriloque à son nounours
Il est ici ?
LÉON
Non il est ailleurs
LOUISE
Cela doit-être incroyablement compliqué
LÉON
Tout dépend de la personne…
BonjourLÉON signe « Bonjour »
LOUISELOUISE signe « Bonjour »
Bonjour
LÉONLÉON signe « Merci »
Merci
LOUISELOUISE signe « Merci »
Merci
LÉON
Vous êtes merveilleuse
LOUISE
C’est amusant… Un autre
LÉONLÉON signe « Je t’aime »
Je t’aime
LOUISELOUISE recule son nounours et s’éloigne de LÉON
Quel aplomb
LÉONLÉON gronde COCORICO
Cocorico !
COCORICOLÉON dépose COCORICO derrière le paravent
Cocorico
LOUISELOUISE danse et chantonne
« Dansons sur la chanson des musiciens »
LÉONLÉON s’approche de LOUISE
Une nouvelle chanson ?
LOUISE
Un air entêtant
Il m’obsède depuis…
LÉON
L’année passée, à la mi-Carême, une nuit de Vachalcade
LOUISE
Comment ?
LÉON
Sur la terrasse du Moulin Rouge et ses ailes étoilées
LOUISE
Mais comment ?
LÉON
En bas un orgue de Barbarie tournait cette mélodie
LOUISE
Mais comment donc ?
LÉON
Toi en Colombine et moi en Pierrot, tout grisé d’absynthe
LOUISE
Quelle audace
LÉON
Une telle étreinte !
LOUISE
Vous… Toi
Quelle hardiesse
LÉON
Les toits de Montmartre en tremblent encore, et mon cœur aussi
LOUISE
Quel vertige
LÉON
Si tu savais adorable Louise
Le moment est venu, je dévoile ma passionLÉON un pas vers le PUBLIC
LOUISE
Quelle folie
LOUISE et LÉON posent le doudou et COCORICO enlacés sur la table
La chanson des musiciensMISE EN SCÈNE
Dansons sur la chanson des musiciensLOUISE et LÉON dansent
Ça fait du bien
Dansons c’est la chanson des musiciens
Je me souviens de ce joli refrain
Un air si doux
Si doux qu’on en oublie tout son chagrin
Tiens, tiens
Prends mon cœur et donne-moi… le tien
Viens, viens
Dansons sur la chanson des musiciens
Je n’en retiens qu’une phrase au passage
Un mot si doux
Si doux qu’on en ferait un beau voyage
Il s’en revient comme du bout du monde
Un jour si doux
Si doux qu’on en goutte chaque seconde
Rien, rien
Aucun frisson ne nous fait plus de bien
Viens, viens
Dansons sur la chanson des musiciens
Viens, dansons
Dansons sur la chanson des musiciens
Viens, dansons
Dansons sur la chanson des musiciensLOUISE et LÉON chantent
LÉON veut embrasser LOUISE
LOUISE repousse LÉON
ACTE III
Le mardi 4 mai 1897 à 15:00, à Montmartre dans la salle de cinématographe
SCÈNE 1MISE EN SCÈNE
JULES, LÉON, ALPHONSE, JOSÉPHINE, COCORICOLÉON et LOUISE remplace le décor
JULES seul à l’avant-scène est éclairé maladroitement
JULES porte sa robe de chambre sur son costume d’Harlequin en bagnard
JULES organise la projection
JULESJULES au PUBLIC s’adresse LÉON
Bien !
Léon au milieu avec le cinématographeJULES recherche le spot de lumière
LÉON
Opérateur en place… Jules
J’ai rangé les tables… avec les chaises à côté
JULESJULES au PUBLIC s’adresse à ALPHONSE
Alphonse, installez-vous au piano
Pas au bar, au piano… Do, ré, mi, fa, sol, la, si, doJULES chante et mime la gamme
ALPHONSE
Ja ja ja ja, Ludwig van BeethovenJULES est interrompu par le piano
JULESJULES au PUBLIC s’adresse à LOUISE
Louise où est Louise ?
C’est son scénario tout de même
LÉON
Personne ne l’a croisée depuis la fin du tournage
ALPHONSE
Louise !
JULESJULES au PUBLIC s’adresse à JOSÉPHINE
Joséphine, chapeau, merci
JOSÉPHINE
Hi !
COCORICO
Cocorico
ALPHONSE
Kikeriki ?
JULES
Ah non !
Le perroquet n’a pas sa place dans la salle de cinéma
JOSÉPHINE
Hi !
COCORICO
Cocorico
ALPHONSE
Der Papagei
JULES
Il a déjà empoisonné le tournage
LÉON
Attention la baronne crise
Elle tente de mordre le perroquet
JOSÉPHINE
Hi !
COCORICO
Cocorico
ALPHONSE
Krise
JULES
Stop ! Léon, emmène-le s’il te plaît
LÉON
Je le dépose au vestiaire
JULES
Baronne, allongez-vous sur le divan
La projection ne dure qu’une minute
Après on se démaquille, on se change et je vous transporte tous dans ma Peugeot au Bazar de la Charité
LÉON
Pour y présenter notre chef-d’œuvre
JULES
Bon on y va
Léon quand je dis « Ça tourne »
LÉON
Je tourne la manivelle à la même vitesse que le baron lors de la prise…
Malgré son mouvement saccadé
JULES
Baron, synchrone, bien ensemble
ALPHONSE
Synchron
JULES
3, 2, 1…Option 2 si nécessaire pour donner du temps au changement de décor
Ça tourneJULES ouvre les rideaux en sortant
Option 2
LÉON : Attention Jules, j’ai besoin de plus de lumière
JULES improvise
SCÈNE 2MISE EN SCÈNE
JULES, LOUISE, LÉON, ALPHONSE, JOSÉPHINE, COCORICODans le VESTIAIRE
La scène ressemble à la projection d’un film muet en noir et blanc
ALPHONSE accompagne au piano
COCORICO est dressé sur le paravent
Le rythme de la scène est parfois ralenti et accéléré
La pathétique, Sonate n° 8, II. Adagio cantabile
LOUISECOLOMBINE assise sur la bonne chaise s’ennuie
Mon poudrierCOLOMBINE soupire
COLOMBINE fait le tour de la table
COLOMBINE danse
JULESHARLEQUIN entre par Le VESTIBULE
Ouvrir l’œil et le bonHARLEQUIN accroche sa robe de chambre au portemanteau
HARLEQUIN se cache derrière le portemanteau
HARLEQUIN surveille COLOMBINE
COLOMBINE s’assied sur la bonne chaise
Clair de lune, Sonate n° 14, I. Adagio sostenuto
LÉONPIERROT entre par la SALLE DE CINÉMA
CharmanteHARLEQUIN se cache derrière le portemanteau
PermettezCOLOMBINE surprise se redresse
Je vous aimePIERROT charme COLOMBINE
LOUISECOLOMBINE minaude
MonsieurPIERROT offre un baiser à COLOMBINE
JULESHARLEQUIN surveille COLOMBINE et PIERROT
Ma femme a un galantCOLOMBINE se lève
COLOMBINE et PIERROT dansent
PIERROT offre un baiser à COLOMBINE
COLOMBINE éconduit PIERROT
COLOMBINE s’assied sur la bonne chaise
LÉONPIERROT est désespéré
Un baiserCOLOMBINE console PIERROT
LOUISECOLOMBINE accepte le baiser de PIERROT
Un seulHARLEQUIN surgit pour séparer les amants
Symphonie n° 5, III. Scherzo
COCORICOCOCORICO chante dressé sur le paravent
CocoricoCOLOMBINE, PIERROT et HARLEQUIN tournent la tête vers COCORICO
JULESCOLOMBINE, PIERROT et HARLEQUIN sont figés car ALPHONSE a cessé de tourner
OhCOLOMBINE fait signe à ALPHONSE de tourner
LÉONCOLOMBINE, PIERROT et HARLEQUIN reprennent
OhCOLOMBINE et HARLEQUIN désignent PIERROT pour gérer COCORICO
LOUISEPIERROT passe derrière le paravent et saisit COCORICO
Oh
LÉONLa pathétique, Sonate n° 8, III. Rondo. Allegro
VenezPIERROT se bagarre avec COCORICO
LOUISECOLOMBINE et HARLEQUIN commentent
Où cela ?PIERROT sort vainqueur de derrière le paravent
LÉONCOLOMBINE s’assied sur la bonne chaise
Le paraventHARLEQUIN se cache derrière le portemanteau
COCORICO
CocoricoLa tempête, Sonate n° 17, III. Allegretto
LOUISECOLOMBINE, PIERROT et HARLEQUIN reprennent
C’est faitPIERROT charme COLOMBINE
LÉONCOLOMBINE accepte le baiser de PIERROT
ReprenonsHARLEQUIN surgit pour séparer les amants
Je vous aime
LOUISERage Over a Lost Penny, Rondo e capriccio, op.129
MonsieurHARLEQUIN poursuit PIERROT autour de la table
LÉONCOLOMBINE crie, se lève et poursuit HARLEQUIN
Un baiserPIERROT s’arrête fatigué
LOUISEHARLEQUIN étrangle PIERROT avec ses chaînes
Un seulCOLOMBINE libère PIERROT
JULESPIERROT s’échappe
GredinHARLEQUIN repousse COLOMBINE
LOUISEHARLEQUIN arrache ses chaînes
Ciel…PIERROT se déguise en portemanteau
LÉONHARLEQUIN cherche PIERROT
Son mariHARLEQUIN voit PIERROT
JULESHARLEQUIN attrape PIERROT et le secoue
Je le tiensPIERROT s’échappe
GredinHARLEQUIN poursuit PIERROT autour de la table
LOUISEPIERROT se cache derrière le paravent
Par pitiéHARLEQUIN cherche PIERROT
Ciel…
LÉON
Fuyons
JULES
Je vais le corriger
LÉON
Le paravent
JULES
Où est-il passé ?…
Je le tiens
Gredin
LOUISE
Par pitié
Ciel…
LÉON
Fuyons
JULES
Je vais le corriger
LÉON
Le portemanteau
JULES
Où est-il passé ?…
Je le tiens
Gredin
LOUISE
Par pitié
Ciel…
LÉON
Fuyons
JULES
Je vais le corriger
LÉON
Derrière le paravent
JULES
Où est-il passé ?…
COCORICOSymphonie n° 5, III. Scherzo
CocoricoPIERROT regarde par-dessus le paravent avec COCORICO sur la tête
LOUISECOLOMBINE et HARLEQUIN tournent la tête vers COCORICO
Le rocambole…PIERROT sort de derrière le paravent en tenant COCORICO
Sur le perroquetHARLEQUIN, COLOMBINE et PIERROT embrassent COCORICO pour lui dire adieu
JULESPIERROT dépose COCORICO dans la SALLE DE CINÉMA
Je le tiensPIERROT revient
Gredin
LOUISERage Over a Lost Penny, Rondo e capriccio, op.129
Par pitiéCOLOMBINE, PIERROT et HARLEQUIN reprennent la poursuite
Ciel…HARLEQUIN poursuit PIERROT autour de la table
LÉONCOLOMBINE crie et poursuit HARLEQUIN
Vole rocamboleCOLOMBINE tente d’empêcher HARLEQUIN
HARLEQUIN repousse COLOMBINE
PIERROT se cache derrière le tableau
HARLEQUIN cherche PIERROT
HARLEQUIN voit PIERROT
HARLEQUIN attrape PIERROT et le secoue
PIERROT s’échappe
COLOMBINE, PIERROT et HARLEQUIN reprennent la poursuite
Ralenti car ALPHONSE à tourner trop vite
Accélération car ALPHONSE à tourner trop lentement
COLOMBINE, PIERROT et HARLEQUIN s’arrêtent éssouflés
COLOMBINE s’assied sur la bonne chaise
Marche turque, Les ruines d’Athènes, op 113
JULESHARLEQUIN et PIERROT combattent
Tous les coups sont permisHARLEQUIN donne des coups de poings
LÉONPIERROT esquive
Tirer les cheveux, mordre le cul et malheur au vaincuPIERROT donne des coups de poings
JULESHARLEQUIN encaisse
Il fait le coqHARLEQUIN brandit la chaise percée
LÉONHARLEQUIN regarde à travers le trou de la chaise percée
Et lui le paonHARLEQUIN demande des explication à PIERROT
JULESPIERROT dénonce la robe de la baronne
Ha ha ha haHARLEQUIN repose la chaise percée
LÉONHARLEQUIN saisit PIERROT pour lui mettre un coup de tête
Ho ho ho hoHARLEQUIN et PIERROT se regarde et se sourit
JULESHARLEQUIN et PIERROT se prennent par les bras
AmiHARLEQUIN et PIERROT dansent bras dessus bras dessous
LÉONCOLOMBINE regarde médusée
AmiHARLEQUIN et PIERROT sortent par la SALLE DE CINÉMA
LOUISECOLOMBINE reste blasée
Et moi ?…
MISE EN SCÈNE
SCÈNE 3Dans le VESTIAIRE
JULES, LOUISE, LÉON, ALPHONSE, JOSÉPHINE, COCORICOCOLOMBINE assise sur la bonne chaise s’ennuie
JULES applaudit
JULESCOLOMBINE se lève devant la table
Bravo… Ce n’est pas fini ?
LÉON
Il restait quelques secondes de bobine
Louise et moi nous avons tourné une sorte d’épilogue
Symphonie n° 5, III. Scherzo
COLOMBINE debout devant la table
PIERROT entre par la LOGE
PIERROT dissimule la cage sous un linge
PIERROT pose le paquet sur la table derrière COLOMBINE
COLOMBINE et PIERROT s’embrassent
PIERROT sort par la SALLE DE CINÉMA
LOUISECOLOMBINE s’exprime en langue des signes
« Voiture »… « Au-revoir »… « Je t’aime »COLOMBINE soulève le linge
COCORICO et le nounours de LOUISE s’enlacent dans la cage ouverte
COLOMBINE sort vers le VESTIBULE
LÉON, JULES, ALPHONSE, JOSÉPHINE poursuivent LOUISE
LÉON
Louise !
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CocoricoLa Vie Parisienne
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